November 30, 2025

Air France Cargo et Ozion : plus de quinze ans à digitaliser la sûreté du fret aérien

Xavier Bryche, Responsable Sûreté d'Air France Cargo, revient sur plus de quinze ans de co-développement avec Ozion sur le site cargo de Roissy.
Alicia Byrne
Communications Officer
Image d'en-tĂȘte

Xavier Bryche, responsable sĂ»retĂ© d’Air France Cargo, revient avec Daniel Moreno sur plus de quinze ans de travail avec Ozion sur le site cargo de Roissy : main courante Ă©lectronique, traçabilitĂ© des rondes, titres de circulation accompagnĂ©s et continuitĂ© lors des changements de prestataire.

Entretien abrégé à partir de la transcription originale. Les répétitions et certaines digressions ont été retirées ; les formulations ont été légÚrement ajustées pour la lecture.

Entretien

Daniel Moreno :
Dans quel cadre cette collaboration s’est-elle mise en place ?

Xavier Bryche :
Moi, je n’étais pas encore en poste Ă  l’origine du partenariat. c’est Pascal qui, Ă  travers une prestation de sĂ»retĂ© que nous avions avec Samsic, qui s’appelle aujourd’hui SafeSquare, avait amenĂ© Ă  collaborer avec vous.

Il s’agissait, je crois, de dĂ©velopper des fonctionnalitĂ©s qui n’existaient pas encore, notamment pour tracer de maniĂšre plus Ă©lectronique l’application de certaines mesures de sĂ»retĂ© sur le site d’Air France Cargo, et aussi pour mettre en place une main courante Ă©lectronique permettant de remonter et tracer les Ă©vĂ©nements de sĂ»retĂ© et de sĂ©curitĂ©.

Moi, je suis en poste ici depuis 2010. Au fil des annĂ©es, on a partagĂ© Ă©normĂ©ment d’idĂ©es : certaines ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es, d’autres mises en pause, et de nouvelles prioritĂ©s sont apparues. Mais dans un domaine aussi rĂ©glementĂ© que celui de la sĂ»retĂ© de l’aviation civile, l’innovation reste essentielle.

C’est un mĂ©tier trĂšs humain, avec beaucoup d’interventions de terrain. Et si on n’apporte pas aux agents des outils adaptĂ©s, Ă  la fois Ă  la rĂ©glementation et au domaine industriel dans lequel ils interviennent, c’est compliquĂ©.

Je ne voulais pas repartir de zĂ©ro Ă  chaque changement de prestataire. C’est pour cela qu’aujourd’hui, nous sommes presque totalement indĂ©pendants. Quand on change de prestataire, le matĂ©riel est dĂ©jĂ  en place, les systĂšmes d’information aussi. Par consĂ©quent, l’intĂ©gration d’une nouvelle sociĂ©tĂ©, d’un nouveau contrat, se fait beaucoup plus facilement.

ConcrĂštement, en quelques heures, tout est opĂ©rationnel. Les agents savent ce qu’ils ont Ă  faire, les outils sont dĂ©jĂ  dĂ©ployĂ©s.

Le fait de conserver les mĂȘmes systĂšmes apporte une continuitĂ© et un vrai confort. On ne repart pas de zĂ©ro avec un nouveau prestataire.

Daniel Moreno :
Comment cette réglementation rend-elle le métier aussi exigeant ?

Xavier Bryche :
Aujourd’hui, on applique un rĂšglement europĂ©en, mĂȘme si, aprĂšs, ce rĂšglement est complĂ©tĂ© par des textes propres Ă  chaque État membre : les arrĂȘtĂ©s ministĂ©riels, interministĂ©riels, complĂ©tĂ©s par le Code de l’Aviation Civile, le Code des Transports, les arrĂȘtĂ©s prĂ©fectoraux qui sont en place et en vigueur sur chaque plateforme aĂ©roportuaire.

Ici, sur le site du Cargo Air France, nous avons sept des douze domaines du rĂšglement europĂ©en Ă  mettre en Ɠuvre, ce qui est extrĂȘmement consĂ©quent et donc complexe, au travers de toutes les mesures avec lesquelles il faut jongler pour la mise en Ɠuvre.

Le fait d’avoir des outils qui gĂšrent les rĂšgles, qui contrĂŽlent les rĂšgles et qui aident les agents de sĂ»retĂ© Ă  mettre en Ɠuvre les mesures, permet aussi de garantir une forme de stabilitĂ© dans la maĂźtrise. Puisque nous sommes contrĂŽlĂ©s par les autoritĂ©s compĂ©tentes rĂ©guliĂšrement, et quand on s’appelle Air France, c’est presque quasi quotidien.

Daniel Moreno :
Comment s’est construite cette relation de confiance et de co-dĂ©veloppement avec Ozion et la solution EVA ?

Xavier Bryche :
Pour travailler sur un tel outil, bien évidemment, il faut une relation de confiance avec son fournisseur.

Je pars aussi du principe que, comme dans tout partenariat, il peut y avoir des réussites et des échecs. On se nourrit aussi des échecs pour se corriger, dans la vie comme dans la vie professionnelle.

Si ça se passe bien, d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, avec un partenaire, il n’y a pas de raison d’en changer pour changer. Sauf si, bien Ă©videmment, il y avait eu des changements significatifs dans les interlocuteurs, parce que c’est trĂšs important d’avoir une stabilitĂ© dans la relation commerciale et humaine. Et ça, c’est une valeur. Il n’y a pas toujours ça dans toutes les entreprises.

Ça, c’est quelque chose que vous avez su apporter chez Ozion, au fil des annĂ©es : ne pas rompre le lien avec le client, quand bien mĂȘme, parfois, il n’y avait pas forcĂ©ment beaucoup d’évolution. Parce qu’il y a eu des pĂ©riodes oĂč c’était un petit peu plus calme, et puis, depuis, effectivement, quelque temps — ces derniĂšres annĂ©es — il y a une accĂ©lĂ©ration dans les besoins, pour apporter justement du confort dans le travail des agents et, Ă  la fois, une meilleure rigueur et la traçabilitĂ©, qui est aussi attendue dans notre mĂ©tier de la sĂ»retĂ© d’aviation civile.

Daniel Moreno :
Est-ce que tu pourrais nous parler de quelques Ă©volutions, de projets marquants qu’on a pu dĂ©velopper ensemble ?

Xavier Bryche :
Pour pouvoir construire tout ce qu’on a pu rajouter ces derniĂšres annĂ©es, il fallait un socle de base. Le socle de base, c’était bien Ă©videmment le support de la main courante et la traçabilitĂ© des Ă©vĂ©nements.

Ensuite, nous avons rajoutĂ©, au fil du temps, ce qui Ă©tait prioritairement le plus important pour nous Ă  rĂ©aliser, Ă  savoir la traçabilitĂ© des rondes — qu’elles soient liĂ©es Ă  la sĂ©curitĂ© incendie d’un site, ou Ă  l’intĂ©gritĂ© des locaux, pour parler de la sĂ»retĂ©, ou du contrĂŽle des personnes qui se trouvent Ă  l’intĂ©rieur de notre site et que nous devons aussi contrĂŽler. Ça fait partie des mesures.

On l’a vu rĂ©cemment avec le nombre de visites autorisĂ©es par personne qui ne disposait pas d’un titre de circulation aĂ©roportuaire permanent. Le module qui est liĂ© Ă  la dĂ©livrance de titres de circulation accompagnĂ©s cĂŽtĂ© piste, est effectivement un gros dĂ©veloppement pour nous.

Aujourd’hui, c’est une grande fiertĂ© d’avoir rĂ©ussi le dĂ©veloppement de toutes ces fonctionnalitĂ©s, qui rĂ©pondent parfaitement Ă  la rĂ©glementation, et que l’on peut paramĂ©trer en fonction des Ă©volutions rĂ©glementaires, des arrĂȘtĂ©s prĂ©fectoraux ou ministĂ©riels qui dĂ©cident de durcir ou d’allĂ©ger certaines dispositions de la rĂ©glementation.

Daniel Moreno :
Comment EVA a-t-elle pu contribuer au confort de la performance opérationnelle et à la sérénité opérationnelle des équipes ?

Xavier Bryche :
Tous les modules que nous avons fait dĂ©velopper nous permettent aujourd’hui de ne plus nous inquiĂ©ter sur les basiques des mesures rĂ©glementaires, et d’aller aujourd’hui un peu plus loin.

Je ne vais pas dire “vers la perfection”, parce qu’on ne l’atteint jamais, mais ils nous permettent, en tout cas, de plutĂŽt nous concentrer sur les failles humaines. Parce qu’aujourd’hui, l’outil nous a permis de stabiliser les basiques de la maĂźtrise rĂ©glementaire — bien sĂ»r sur tout ce qu’on a pu faire dĂ©velopper au travers de l’outil.

Il y a encore beaucoup de choses qui restent manuelles ou traitĂ©es par l’humain, sans forcĂ©ment la possibilitĂ© d’avoir un outil derriĂšre. Mais en tout cas, sur des choses qui Ă©taient trĂšs complexes, aujourd’hui, on n’a plus Ă  s’en inquiĂ©ter.

Quand on a des contrĂŽles des autoritĂ©s, des audits, des inspections — qu’elles soient inopinĂ©es ou programmĂ©es —, on n’a plus les mĂȘmes inquiĂ©tudes qu’auparavant, parce qu’on sait que les basiques sont maĂźtrisĂ©s. Et ça nous permet de nous concentrer plus sur l’humain : prĂ©parer l’humain Ă  une visite, une inspection, un audit programmĂ©. Et ça, c’est confortable pour tout le monde : Ă  la fois pour nous, le donneur d’ordre, le client, mais aussi pour le prestataire partenaire.

Parce que, certes, on contractualise une prestation avec lui, mais on lui apporte dĂ©jĂ , Ă  lui et Ă  ses salariĂ©s, Ă  ses collaborateurs, du confort dans le travail. Ça contribue aussi Ă  la fidĂ©lisation et Ă  la stabilisation des Ă©quipes sur le terrain, parce qu’ils savent qu’ici, il y a la technologie, il y a l’innovation, il y a la prise en compte de leur mission — et parfois de leur tĂąche, qui n’est pas toujours trĂšs aisĂ©e.

Et en apportant ce confort, finalement, ça soude aussi les Ă©quipes. C’est un apport de plein de choses, mais le plus important, bien Ă©videmment, c’est l’humain. Et on se concentre du coup plus facilement.

Daniel Moreno :
Comment vois-tu l’avenir en matiĂšre de digitalisation et de pilotage des opĂ©rations ?

Xavier Bryche :
Les systĂšmes d’information ont leurs limites. Maintenant, vĂ©ritablement, avec l’arrivĂ©e de l’IA, on ne sait pas jusqu’oĂč ça nous mĂšnera. En tout cas, dans le domaine de la sĂ»retĂ©, je crois que l’humain gardera une bonne part des mesures Ă  mettre en Ɠuvre.

Dans le domaine industriel, je pense que des outils comme les vÎtres pourront toujours trouver leur place et pourront apporter des solutions que les équipements de sûreté ne feront pas. Puisque, de toute façon, ils ne sont là que pour inspecter, filtrer des personnes, des bagages, du fret.

Bien sĂ»r, ils seront de plus en plus Ă©quipĂ©s d’intelligence artificielle. Mais dans le domaine du cargo, il restera toujours, pour moi, une bonne part d’intervention humaine. Et c’est lĂ  oĂč, justement, vous avez votre carte Ă  jouer : vous pouvez apporter des modĂ©lisations, des fonctionnalitĂ©s qui n’existent pas encore et qui seront Ă©crites.

La rĂ©glementation dit quelles sont nos obligations, mais elle ne dit pas comment on doit le faire. Et c’est Ă  nous d’innover et de trouver des solutions. Si elles sont Ă©lectroniques, qu’elles Ă©vitent les erreurs, qu’elles simplifient les choses et qu’elles soulagent l’humain, eh bien c’est un plus. Et du coup, on est gagnant-gagnant dans cette affaire.

Daniel Moreno :
Comment pourrais-tu inviter tes confrÚres responsables sûreté à envisager ces technologies-là ?

Xavier Bryche :
Moi, au travers des Ă©changes que j’ai avec mes confrĂšres, on partage beaucoup notre culture sĂ»retĂ© et nos expĂ©riences : ce qu’on a pu dĂ©velopper les uns ou les autres pour rĂ©pondre Ă  telle ou telle problĂ©matique, et la dĂ©couverte des outils.

Sans tout révéler, on peut parfois aussi orienter certains confrÚres à envisager telle ou telle solution. Mais aussi, on peut trÚs bien présenter un outil sans pour autant y révéler les détails des mesures et des rÚgles.

Tout ce qu’on peut, en fait, maĂźtriser par les outils, par le dĂ©veloppement de ces outils, interfaces, etc. — et je ne parlerai que de ce que nous avons dĂ©veloppĂ© ensemble — ça nous permet d’avancer plus vite sur les autres Ă©volutions, et avant les autres, et du coup d’ĂȘtre plus compĂ©titifs, plus Ă©conomiques, et de se valoriser.

« Quand je parle de partenaire, je ne parle pas de prestataire. Dans ce domaine, on ne peut rĂ©ussir qu’en Ă©tant dans une relation de confiance, de construction permanente. »

D’oĂč la fidĂ©lisation et le travail continu — bien sĂ»r, quand ça fonctionne bien et quand il y a une rĂ©gularitĂ© dans l’évolution. Et c’est beaucoup plus facilitant quand son fournisseur connaĂźt bien son client et les basiques de son mĂ©tier, que de devoir Ă  chaque fois passer par une autre sociĂ©tĂ©.

Daniel Moreno :
Qu’est-ce que tu retiens de cette aventure humaine et technologique ?

Xavier Bryche :
C’est dĂ©jĂ  cette belle aventure humaine, parce que d’avoir une soliditĂ© dans une relation professionnelle, ça devient de plus en plus rare. Mais je pense que ça dĂ©pend beaucoup des personnes, et de la vision qu’ont les interlocuteurs du suivi du client.

Ce que je retiens, c’est Ă©videmment votre Ă©coute et votre capacitĂ© Ă  ĂȘtre patients, parfois, Ă  la rĂ©flexion, parce que ce n’est pas toujours Ă©vident, de par la complexitĂ© du besoin que l’on exprime.

Construire les choses — et la construction, ça ne se fait pas en deux ans, trois ans ou quatre ans.

Tous les projets qui sont en cours pour redĂ©velopper la gare et prĂ©voir Ă  cinq ou dix ans le futur de cette gare de fret Ă  Roissy pour Air France, c’est aussi anticiper sur comment on va devoir apprĂ©hender et intĂ©grer la sĂ»retĂ© dans ces projets.

Il n’y a pas un projet oĂč la sĂ»retĂ© n’est pas sollicitĂ©e. C’est extrĂȘmement nourrissant, enrichissant, et bien Ă©videmment, ça a nourri plein d’idĂ©es. Ça nous alimente pour savoir ce qu’on pourra ensuite dĂ©velopper ensemble.

C’était, je pense, une bonne opportunitĂ© pour nous — et en tout cas pour moi — de vous avoir rencontrĂ©s par le biais de mon prĂ©dĂ©cesseur, et d’avoir pu construire et poursuivre cette aventure, et de dĂ©velopper tout ce qu’on a pu construire ensemble jusqu’à prĂ©sent.

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